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L'ordre de Cluny


L'ordre de Cluny est un ordre bénédictin. Il a été créé par Guillaume Ier, duc d'Aquitaine et comte de Mâcon, par un acte rédigé à Bourges le 11 septembre 909 (ou 910) donnant le domaine de Cluny " aux apôtres Pierre et Paul ", à savoir l'Église romaine, pour y fonder un monastère de douze moines. Le monastère est situé dans le Mâconnais.

La donation à la Papauté vise avant tout à assurer au monastère la protection et la garantie du Saint-Siège, respecté à l'époque, même avec des pouvoirs réduits. Guillaume le Pieux veut ainsi éviter que s'exerce sur le monastère un quelconque contrôle laïc.Dans la Charte de fondation de l'abbaye, il est prévu la libre élection de l'abbé par les moines, point important de la règle bénédictine.

Guillaume le Pieux choisit l'abbé Bernon, abbé de Baume et de Gigny dans le Jura, qui y établit l'observance de la règle de Benoît de Nursie réformée par Benoît d'Aniane, tout en gardant la direction de ses précédents monastères. Il meurt en 926.

L'abbé Odon lui succède. C'est un compagnon de voyage de Bernon, proche des conceptions de son prédécesseur. Il voyage de couvent en couvent pour asseoir la Réforme. L'influence de Cluny se développe, mais il n'y a pas d'organisation à proprement parler. Le monastère obtient le droit de battre monnaie, des écoles sont ouvertes, ainsi que la bibliothèque. À sa mort, en 942, le rayonnement de Cluny est important. Aimar lui succède, et poursuit son œuvre. Mais il devient aveugle en 948, et nomme en conséquence un coadjuteur, Mayeul, qui finit par diriger Cluny en 954 jusqu'en 994. Il organise la réforme, avec une grande piété, et de grandeur. Issu d'une grande et riche famille de seigneurs à Valensole, Mayeul se sert de sa grande expérience de la gestion. Il veut conforter la puissance de Cluny. La règle dite clunisienne est adoptée par d'autres monastères, qui forment autour de Cluny un véritable empire monastique de prieurés autonomes mais soumis au gouvernement commun de l'abbé de Cluny. L'affaiblissement de la réforme en Allemagne et Lorraine va conforter la place de Cluny dans le monachisme. L'ordre s'appuie sur la haute aristocratie, l'empereur, le Roi de Bourgogne, les comtes et les évêques. On fonde de nouveaux monastères clunisiens, on en convertit d'autres en rétablissant la discipline. L'Ordre de Cluny est alors présent dans le Jura, le Dauphiné, la Provence, la vallée du Rhône, le sud de la Bourgogne, le Bourbonnais. Il contient une trentaine d'établissements très dynamiques.

Après l'importante expansion du Xe siècle, l'Ordre affirme sa puissance au XIe siècle et à la première moitié du XIIe siècle. L'ordre va encore gagner en organisation, par des règlements précis.

En 994, Odilon de Mercœur devient abbé de Cluny, et le dirige pendant 55 ans. Fils des seigneurs de Mercœur, il est en relation avec les personnages les plus illustres de son temps. Il saisit au milieu les opportunités qui s'offrent à l'Ordre, dans une époque troublée par l'effondrement des structures carolingiennes et le démantèlement des structures laïques. Il ne compte plus sur la protection de la haute aristocratie, et s'entend avec les seigneurs, la force montante de l'an mil. Il veut calmer les violences d'alors, appuyant la trêve de Dieu et la paix de Dieu. Il aide la chevalerie, propose à tous les services spirituels de ses moines, qui favorisent les lignages. Il développe la vocation (parfois forcée) des cadets de grandes familles. La politique de Cluny en faveur de l'association et la création de grands établissements diminue et de petits couvents se développent. Ceux-ci sont strictement contrôlés par Odilon, directement ou par l'intermédiaire des grandes abbayes. À la mort d'Odilon, on compte 70 couvents, et Cluny s'associe avec de puissantes abbayes, qui gardent parfois une grande autonomie.

En 1049, Hugues de Semur devient abbé. Il poursuit la montée en puissance de Cluny dans la lignée d'Odilon. C'est un Bourguignon, issu de Semur-en-Brionnais. Il possède une grande éloquence, et un sens politique à l'image de son prédécesseur. Il finit l'intégration de Cluny au Féodalisme qui vient de naître. Beaucoup de petits couvents sont encore créés. Le principe hiérarchique s'assouplit quelque peu vers 1075, quand Cluny accepte dans l'ordre de véritables abbayes, afin de faire sa part à l'ancien système du monachisme bénédictin et de ne pas devoir renoncer à intégrer nombre d'établissements prêts, comme Vézelay, à passer dans l'ordre de Cluny pour bénéficier de l'exemption mais désireux de ne pas tomber au rang d'un simple prieuré. Durant son abbatiat, de grandes abbayes sont incorporées: Moissac (Sud-Ouest), Lézat (Ariège), Figeac (Quercy) et Saint Martin des Champs à Paris (1079). L'Ordre est étendu à l'Espagne, à l'Italie et à l'Angleterre, fort de 10 000 moines.

L'Ordre, via l'abbé Hugues joue un rôle de première importance dans la Querelle des Investitures qui oppose la papauté à l'empereur germanique.

En 1109, après l'abbatiat d'Hugues II, qui ne dure quelques semaines, Pons de Melgueil est élu. C'est un méridional, habile en négociation, mais intransigeant. Il joue un rôle très actif dans la fin de la Querelle des Investitures, et poursuit la politique de grandeur de l'Ordre. À ce sujet, il entame la construction de Cluny III, une abbatiale gigantesque qui engloutit tous les dons, y compris celui important venant de Castille. Ce sont sans doute les premières difficultés financières de l'Ordre qui engendrent une contestation de l'abbé, aux raisons encore mal connues. Des critiques se font entendre sur un attiédissement de la ferveur, avec un nouveau monachisme qui se fait jour, celui de Cîteaux, fondé en 1098. Pons demande de s'entretenir avec le pape Calixte II, et démissionne à l'issue de cette entrevue dont on ignore le contenu.

Pierre de Montboissier, plus connu sous le nom de Pierre le Vénérable le remplace en 1122. C'est un homme cultivé, et très habile. Il doit faire face au retour inattendu de Pons en 1126, après un pèlerinage en Terre Sainte. Celui-ci reprend le pouvoir à Cluny en usant de son influence et de la force armée. Il est finalement excommunié et Pierre le Vénérable reprend en main le monastère. Il rétablit la paix, et restaure la discipline, après le relâchement observé. Les finances sont catastrophiques, surtout après l'épisode de violence, car des mercenaires ont été engagés sur l'or du Trésor. Pierre tente d'imposer une saine gestion domaniale, avec l'aide d'Henri de Blois, évêque de Winchester, qui apporte sa connaissance et sa richesse d'Angleterre. On observe une restauration des traditions. Mais l'ordre de Cluny, après cette restauration, va s'enfoncer dans un lent déclin, après la mort de Pierre le Vénérable en 1156.

Au XIIe siècle, ce qu'on appelle l'ordre de Cluny compte près de deux mille prieurés, dont quelques-uns sont parmi les plus grands établissements ecclésiastiques du temps : La Charité-sur-Loire, Souvigny, Saint-Martin-des-Champs près de Paris. Si la plupart des monastères sont devenus de simples prieurés en s'intégrant dans l'ordre, un petit nombre y sont entrés en conservant leur rang d'abbaye, mais en acceptant la discipline commune et l'autorité supérieure de l'abbé de Cluny.

Directement soumis au Saint-Siège, Cluny est au XIe siècle l'instrument efficace du succès des institutions de paix et de réforme grégorienne. Plusieurs papes et légats pontificaux sortent de Cluny (dont Grégoire VII). Le réseau clunisien diffuse les principes de la réforme contre les vices dont souffre l'Église prise dans l'étau des liens féodaux du monde laïc : simonie, nicolaïsme. Accusé à son tour d'un trop grand enrichissement et d'un pouvoir temporel excessif, l'ordre de Cluny perd de son influence spirituelle lors de l'éclosion, à la fin du XIe siècle siècle et au début du XIIe siècle, des nouveaux ordres inspirés d'un idéal de pauvreté et d'austérité : Cîteaux, Prémontrés, la Chartreuse.

C'est donc en opposition complète avec ce qui sera l'idéal cisterciens, pour lequel saint Bernard disputera âprement avec Pierre le Vénérable, que Cluny devient l'un des principaux foyers de vie intellectuelle et artistique en Occident.

Odon met l'histoire sainte en vers et élabore une morale pratique. Les sermons d'Odilon resteront longtemps les modèles d'éloquence élégante et concise. Abbon de Fleury définit les équilibres du pouvoir politique. Pierre le Vénérable appelle les chrétiens à une connaissance du Coran et à un recours plus fréquent aux traductions de l'arabe. Cluny produit des théologiens, des moralistes, des poètes et des historiens.

L'architecture est une autre affirmation de la puissance et du rayonnement de Cluny. À une église contemporaine de la fondation succèdent l'abbatiale de Bernon, puis celle des abbés Aymard et Maïeul dite Saint-Pierre-le-Vieux, dont le plan caractéristique, avec son chœur pourvu de collatéraux, est plus ou moins reproduit dans tout un groupe d'église monastiques. Lui succède l'abbatiale de l'abbé Hugues, dont le chœur est consacré en 1095. Cluny sert de modèle. On retrouve le plan de Saint-Pierre-le-Vieux en Bourgogne, en Allemagne, en Suisse.



La réforme grégorienne est une politique menée par la papauté pour redresser l'Église. Si les historiens considèrent que le pape Léon IX a commencé ce redressement, le pape Grégoire VII lui a laissé son nom. La réforme grégorienne développe trois projets principaux :